Bouche grande ouverte, les yeux exorbités, l'air qui ne rentre plus ... Ça y est, c'est la fin, c'est ce soir que la grande faucheuse vient me prendre.
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Au départ, ça se présentait bien pourtant. Détendu, femme et enfant couchés, trois bonnes heures devant moi pour jouer, la soirée de rêve. J'ouvre quatre tables ... Une heure passe et je m'emmerde déjà comme c'est pas permis. Je ne m'y fais pas à cette room, clinquante, bruyante, pleine d'avatars déguisés comme des clowns. Putain ! à ma table, il y a un type avec un tuba et des palmes !!
Maintenant ça me revient, ça m'a pris du temps avant de décider de masquer les avatars sur Winamax (moins sophistiqués, cela va de soi) mais ce fût une décision pleine de bon sens. J'ai pris conscience à l'époque que je pouvais aisément être influencé par les avatars représentant mes adversaires ... Une femme limpe ? Je relance fort ! Un vieux ouvre ? Je relance fort ! Un gros costaud me relance ? Je fold ... Bref, une fois masqué, je pouvais me concentrer sur l'essentiel, le jeu, les enchaînements, les schémas. C'était il y a longtemps, je m'y suis habitué et jamais je ne les ai fait réapparaître. Et aujourd'hui, ça me revient en pleine face. Les avatars qui m'entourent mobilisent mon attention, presque toute mon attention. Les visages, les tenues, les tatouages (messieurs les designers, rajoutez svp des tatouages dans votre catalogue, ils portent tous le même poisson rouge géant sur l'avant-bras), très travaillés pour la plupart, m'agacent, m'amusent, ou me font pitié, mais aucun de ces avatars ne me laisse indifférent. Et c'est bien là la problème. Ils m'influencent, encore et toujours. Certains diront, à raison, que c'est l'essence même de cette room. Pour ma part, c'est préjudiciable.
Une autre heure passe, je suis presque à jeu sur mes 4 tables ... Et l'ennui est plus présent que jamais (ce n'est que ma troisième soirée ... ça promet). Changement de stratégie, je ferme les quatre tables (NL10) au profit d'une seule NL25. Cavé max, mode LAG enclenché ! J'observe, ... cinq minutes passent ... Je rentre dans mon premier coup ; une femme énervante (son rire vulgaire je présume), qui est rentrée dans 3 des 4 derniers coups, me relance, je call. Je trouve TPKM (pour Top Paire Kicker Merdique). Je mise 3/4 du pot pour couper court, elle ne l'entend pas ainsi et m'oppose son tapis. Je pousse les malheureux jetons qu'il me reste au centre (enfin "je", mon avatar plutôt, lui qui n'a pas l'air de se rendre compte qu'on est à poil avec cette main ...). Je suis évidemment loin derrière son QJ.
Je laisse tranquille les derniers dollars de ma (presque-)défunte bankroll ... et ferme la room pour ce soir. Rideau.
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C'est bête, j'ai pas sommeil. Et puis la paye a été virée ce matin (je suis bien placé pour le savoir, c'est moi qui surveille de workflow des paiements dans la multinationale qui m'emploie). Et puis il reste encore une heure à cette piètre soirée. Largement le temps de ce refaire, non ? Alors carte bancaire en main, je retourne sur la room abandonnée il n'y a pas une semaine, je crédite l'équivalent de 80 dollars et je me pose direct en CG HU NL30. Le con. Le con que je suis, en l'écrivant, l'impression est encore pire. Le maxi con.
Une première cave disparaît au profit d'un joueur bien meilleur que moi dans des circonstances très vite oubliées. La seconde, il m'aura fallu un moment avant de la perdre. Le type commence très agressivement la session, je fais le dos rond et commence à trouver des leviers pour le bousculer. Ça monte, ça descend, c'est tendu mais il ne lâche pas grand chose. Jusqu'à la dernière main tant attendue. Je le tiens. Il a craqué. Au turn, j'ai deux paires qui dominent les deux siennes. Je le couvre. C'est fini.
Je m'y vois déjà, rentrant sous la couette, le sourire aux lèvres, fier du travail accompli. Ma femme me dit "Il est tard là, tu devrais te coucher plus tôt". Je réponds "Je sais, mais j'avais un bon client, je pouvais pas le laisser". Réveil guilleret, coeur léger. Eh bien non, rien de tout ça. Il touche évidemment à la river pour transformer sa main en full, et moi transpercé de part en part, je suffoque, j'ai mal, je suis touché. Bouche grande ouverte, les yeux exorbités, l'air qui ne rentre plus ... Ça y est, c'est la fin (...)