30/07/2009

Asphyxié

Bouche grande ouverte, les yeux exorbités, l'air qui ne rentre plus ... Ça y est, c'est la fin, c'est ce soir que la grande faucheuse vient me prendre.
...


Au départ, ça se présentait bien pourtant. Détendu, femme et enfant couchés, trois bonnes heures devant moi pour jouer, la soirée de rêve. J'ouvre quatre tables ... Une heure passe et je m'emmerde déjà comme c'est pas permis. Je ne m'y fais pas à cette room, clinquante, bruyante, pleine d'avatars déguisés comme des clowns. Putain ! à ma table, il y a un type avec un tuba et des palmes !!



Maintenant ça me revient, ça m'a pris du temps avant de décider de masquer les avatars sur Winamax (moins sophistiqués, cela va de soi) mais ce fût une décision pleine de bon sens. J'ai pris conscience à l'époque que je pouvais aisément être influencé par les avatars représentant mes adversaires ... Une femme limpe ? Je relance fort ! Un vieux ouvre ? Je relance fort ! Un gros costaud me relance ? Je fold ... Bref, une fois masqué, je pouvais me concentrer sur l'essentiel, le jeu, les enchaînements, les schémas. C'était il y a longtemps, je m'y suis habitué et jamais je ne les ai fait réapparaître. Et aujourd'hui, ça me revient en pleine face. Les avatars qui m'entourent mobilisent mon attention, presque toute mon attention. Les visages, les tenues, les tatouages (messieurs les designers, rajoutez svp des tatouages dans votre catalogue, ils portent tous le même poisson rouge géant sur l'avant-bras), très travaillés pour la plupart, m'agacent, m'amusent, ou me font pitié, mais aucun de ces avatars ne me laisse indifférent. Et c'est bien là la problème. Ils m'influencent, encore et toujours. Certains diront, à raison, que c'est l'essence même de cette room. Pour ma part, c'est préjudiciable.


Une autre heure passe, je suis presque à jeu sur mes 4 tables ... Et l'ennui est plus présent que jamais (ce n'est que ma troisième soirée ... ça promet). Changement de stratégie, je ferme les quatre tables (NL10) au profit d'une seule NL25. Cavé max, mode LAG enclenché ! J'observe, ... cinq minutes passent ... Je rentre dans mon premier coup ; une femme énervante (son rire vulgaire je présume), qui est rentrée dans 3 des 4 derniers coups, me relance, je call. Je trouve TPKM (pour Top Paire Kicker Merdique). Je mise 3/4 du pot pour couper court, elle ne l'entend pas ainsi et m'oppose son tapis. Je pousse les malheureux jetons qu'il me reste au centre (enfin "je", mon avatar plutôt, lui qui n'a pas l'air de se rendre compte qu'on est à poil avec cette main ...). Je suis évidemment loin derrière son QJ.

Je laisse tranquille les derniers dollars de ma (presque-)défunte bankroll ... et ferme la room pour ce soir. Rideau.

...

C'est bête, j'ai pas sommeil. Et puis la paye a été virée ce matin (je suis bien placé pour le savoir, c'est moi qui surveille de workflow des paiements dans la multinationale qui m'emploie). Et puis il reste encore une heure à cette piètre soirée. Largement le temps de ce refaire, non ? Alors carte bancaire en main, je retourne sur la room abandonnée il n'y a pas une semaine, je crédite l'équivalent de 80 dollars et je me pose direct en CG HU NL30. Le con. Le con que je suis, en l'écrivant, l'impression est encore pire. Le maxi con.

Une première cave disparaît au profit d'un joueur bien meilleur que moi dans des circonstances très vite oubliées. La seconde, il m'aura fallu un moment avant de la perdre. Le type commence très agressivement la session, je fais le dos rond et commence à trouver des leviers pour le bousculer. Ça monte, ça descend, c'est tendu mais il ne lâche pas grand chose. Jusqu'à la dernière main tant attendue. Je le tiens. Il a craqué. Au turn, j'ai deux paires qui dominent les deux siennes. Je le couvre. C'est fini.

Je m'y vois déjà, rentrant sous la couette, le sourire aux lèvres, fier du travail accompli. Ma femme me dit "Il est tard là, tu devrais te coucher plus tôt". Je réponds "Je sais, mais j'avais un bon client, je pouvais pas le laisser". Réveil guilleret, coeur léger. Eh bien non, rien de tout ça. Il touche évidemment à la river pour transformer sa main en full, et moi transpercé de part en part, je suffoque, j'ai mal, je suis touché. Bouche grande ouverte, les yeux exorbités, l'air qui ne rentre plus ... Ça y est, c'est la fin (...)

23/07/2009

Prendre ses marques ...

Première véritable soirée sur cette nouvelle room, où je vais chercher à jouer un jeu solide, serré et sans originalité. Enfin, c'est l'état d'esprit dans lequel je suis au moment de débuter la session parce que ça ne se déroulera pas vraiment comme ça ...

J'ouvre 3 tables en NL10, avec un demi-stack pour chacune (ça va, ça va, je sais que je joue overrollé, mais je ne me sens pas de jouer en NL2. Je décide, à tord ou à raison, que c'est le niveau plancher au-dessous duquel je n'irais pas). Je positionne mes caméras au dessus de la tête du croupier. Et j'attends. J'attends les bonnes mains de départ. Une range serrée, du style AQ+, TT+, pour une relance hors de position et des connecteurs assortis en plus si je suis en position. A ma grande surprise, les cartes arrivent rapidement, deux fois KK, deux fois QQ. Tapis payé deux fois sur quatre. Bilan après une heure trente de jeu et avoir chatté un gros pot, j'ai triplé sur une table, quasi-doublé sur les deux autres.

Voilà plus de trente minutes que je me dis qu'il est temps de lâcher l'affaire. Mais je refuse comme souvent de voir les signes évidents de fatigue et je continue. Allez, une dernière orbite, celle-là c'est la dernière, j'arrête après cette main et je me couche ... Dix minutes plus tard, je m'y résous, je ferme une table, une deuxième, la troi... Ha non, AKh, même hors de position, ça se relance ! Baby flop, CB pour les 3/4 du pot, relancé, payé dans la seconde. Turn anodin. Bet pot, all-in en face, payé bien sûr. Tiens, il a KK et ils ont l'air de tenir !?! Bon ben, elle se ferme d'elle même cette dernière table. Pourtant, les 8 malheureux dollars qu'il y avait il y a encore 30 secondes auraient eu bonne allure avec les 13 déjà pris ce soir ... Idiot que tu es.

Que faut-il retenir de cette soirée ? Ben, j'ai chatté un gros pot alors que j'étais loin derrière. J'ai tiré facilement profit des quelques premiums que j'ai touchés. Et je m'envoie en l'air avec une grosse main devenue marginale ... Autant dire que je me suis comporté comme la majorité des joueurs médiocres ; le gain du jour ne doit pas cacher cette réalité. J'ai été mauvais et seule la chance et le piètre niveau de mes adversaires m'auront permis de sortir indemne de cette session.

On remet ça demain, il paraît que le beau temps ne revient que vendredi ...

22/07/2009

Premiers pas.

"La salle de poker la plus sophistiquée au monde". Rien que ça. Il s'est pas foulé le consultant marketing qui a pondu ce slogan, juste sans doute, mais un tantinet racoleur ...

Téléchargement, ouverture du compte, premier dépôt, ... plié en moins de 10 minutes, rien de révolutionnaire. En revanche une fois connecté, c'est effectivement assez novateur, musique d'ambiance, animations de qualité et ... putain ! Qu'est-ce que je suis moche !!. Mon avatar n'est pas à son avantage, les sandales n'y sont sûrement pas pour rien. Je retouche la coiffure, j'affine le visage (pas de raison de le faire à mon image non plus, je décide que mon embonpoint n'a pas droit de cité sur la toile). 10 minutes de lifting plus tard et une paire de pompe au pied, je sors du dressing (je découvrirai plus tard l'étendu des accessoires que l'on peut acquérir. il me faudra juste encore du temps pour comprendre l'intérêt d'investir les points péniblement acquis dans ce genre de chose, mais on en reparlera ....)

Allez, on se jette dans le grand bain (façon de parler puisque la piscine sera finalement derrière, et mon avatar restera le cul rivé sur sa chaise). Le lobby est comme tous les lobby, pas clair. Je sélectionne au hasard ma table et me voilà assis à coté d'une bimbo comme on en a jamais vu dans un cercle, jambes interminables, décolleté avantageux, et coiffure soignée ; les autres sont plus communs, casquette pour tous et casques audio pour certains (pour ne pas que l'avatar se fasse trop chier pendant les longues sessions sans doute) . J'attends pour poser ma BB, j'observe. J'ai dû arriver à un moment clé de la partie, sur les 5 (je ne joue qu'en short-hand), trois sont à tapis. Le flop présente bien quelques tirages quinte de l'espace, un tirage couleur, sans as et sans roi. J'ai le plus grand mal à voir les mains des joueurs ... à si, à gauche, là. Le premier, hauteur As, le second middle paire, le troisième RJo ... euh ... ils jouent le metagame à fond ces types ou quoi ?

Une orbite plus tard et j'avais déjà lâché 1.5$ ... Je ne vois rien, trop loin de la table ... je trouve l'option me permettant de changer d'angle de vue avec ma souris. Waw, ça c'est classe ! Le décolleté est encore plus avantageux vue d'ici, et quand je recule, je vois même les cartes du flop. Pour la vue, c'est mieux, en revanche pour le son, c'est pire que la gare de Lyon un vendredi soir de juillet. Entre le croupier qui parle sans arrêt, les avatars qui braillent à chaque mise et à chaque showdown, c'est insupportable. Et pas moyen de trouver l'option pour les faire taire ... Allez, on se concentre ... La première impression se confirme, ça joue n'importe comment ... un gus relance toutes ses mains, payé le plus souvent par des aficionados du loto, qui touchent, ou pas. Bon, les stack sont ridicules, tous ces types continueront à manger demain, personne ne joue l'argent du ménage à cette limite ...

Je migre vers une table 0.05$/0.10$, limite bien connue des débutants sur Win...x. Ca semble jouer mieux, ça ne va plus au showdown qu'une main sur deux (sic). Là, je prends conscience d'une chose, le jeu est lent, mais lent ... on se croirait au casino de Dinard (pardon pour eux, je n'y suis allé qu'une fois, quelques semaines après l'ouverture, et ça a certainement changé depuis). Et puis il est tard, et j'ai tout de même perdu 5 des mes précieux dollars.

Allez on se lève (il y a moyen de le faire se lever l'avatar ou pas ??? Pas trouvé ...) et on remet ça demain.

21/07/2009

Les bases du challenge "Survie 2009"

La mode est aux challenges et pour ne pas être en reste, j'aurais le mien.

Pour tout dire, c'est bien la première fois que je me fixe un quelconque objectif en matière de poker. Jusqu'à présent, mon rapport avec le poker ne s'inscrivait pas dans le temps ; je recherchais à chaque session le plaisir de remporter de gros pots, de faire de joli read, de faire croître ma modeste bankroll. Et puis si cela ne fonctionnait pas un soir, je remettais ça le lendemain sans plus d'état d'âme. Aussi, je pouvais rester des jours, des semaines et même des mois (c'est arrivé de mai à septembre l'an dernier) sans jouer. Entre vie de famille et vie professionnelle, j'ai assez peu de temps à consacrer au poker. Rarement le week-end (le temps de la sieste de la petite parfois ...) et tard le soir, lorsque tout le monde est couché, et encore plus souvent en hiver qu'en été où je ne rate pas une occasion de profiter des soirées ensoleillées. Ce n'est pas propice à un apprentissage rapide du poker, tu en conviendras.

Parce que je prends la chose qu'en même au sérieux et que je prends beaucoup de plaisir dans l'apprentissage de nouvelles activités (ça s'est vérifié avec les cours du soir, le snowboard et le golf hier, le tennis et le poker aujourd'hui), j'ai pris le temps de lire des ouvrages traitant du poker, certains meilleurs que d'autres, et de faire le tour des forums spécialisés. Pour le plaisir de lire certains auteurs talentueux, je passe aussi pas mal de temps à lire les écrits de nombreux bloggeurs francophones.

Et l'argent dans tout ça ? J'ai toujours considéré l'activité poker comme un divertissement, au même titre que le golf, le cinéma, la danse (...ben oui, ma femme sait être persuasive.). Ca rentre dans le budget loisir, et tout ces loisirs ont un coût. La première année, en 2007, le poker m'aura coûté l'équivalent d'un green fees d'un beau 18 trous, ou 2 green fees d'un 18 trous standard. Autant dire rien. En 2008, ... à quand même ... ok, c'est devenu le loisir le plus cher ; mais tout est relatif, puisque j'ai largement réduit l'activité golfique (de loin la plus onéreuse en 8 ans de pratique). Bref, le ratio temps passé/coûts reste largement attractif. En 2009, série en cours, j'y ai consacré un budget bien moins important que l'année dernière à la même époque mais encore trop pour quelqu'un qui commence à croire qu'il a un bagage technique lui permettant de commencer à devenir un joueur gagnant. Prétentieux ?, on y vient ...

Quand je regarde l'évolution de ma bankroll au cours de l'année 2009 (de loin la plus significative), il est facile de voir l'alternance de bonnes périodes (croissance régulière mais pas spectaculaire) et de périodes dévastatrices qui ne doivent rien à la variance. Pourquoi rien ? parce que le volume de jeu pratiqué est tellement faible que la variance ne peut expliquer à elle seule les chutes vertigineuses de la courbe. Les raisons sont à chercher ailleurs, du côté de la gestion de bankroll (ou plus justement l'absence de gestion ...) l'incapacité à se résoudre à ne plus jouer en HU ou en Omaha, variante que je ne maîtrise pas un brun (même après avoir lu un des rares ouvrages francophone consacré à cette variante ... ). Et tout cela n'est rien en comparaison des montants dilapidés les soirs de tilt. Vous connaissez le phénomène ? Mais si, un type part à tapis avec K9o et fait quinte runner-runner pour craquer votre paire de roi. Moins un buy-in. On relativise, et on recave. Chouette une paire de valet. Raise 3BB, un payeur. Flop 74V. Bet pot pour couper les côtes ( y deux carreaux évidemment). Payé. Turn, un brique. All-in (faut bien se refaire, je viens de perdre un BI je te rappelle). Payé. Q8s. Non ... River 4s ... si. Moins deux BI. Et c'est parti, recave ..perdu ... on monte de limite ... perdu ... on met le reste en HU ... encore perdu. Et je pars me coucher vert de rage, sommeil agité, rêve de baston, réveille avec un mal de crâne qui ne me quittera pas de la matinée. Quelques heures plus tard, je reload (même pas de bonus ...) et je repars dans de meilleurs dispositions, en jurant, tel maître Corbeau, que l'on ne m'y reprendra plus.

En définitive, mon rapport avec le poker n'est plus le même. Nous sommes en juillet et je ne suis pas encore parvenu à faire ma coupure estivale. Et probablement qu'elle n'aura pas lieu, slight addiction sir. Alors puisqu'il en est ainsi, autant faire les choses convenablement. D'abord couper les ponts, je change de room. Cashout des dollars ayant échappé au dernier tilt (tu vois bien que j'ai progressé, il y a peu de temps ceux-là y passaient aussi). Pourquoi changer ? l'attrait de la nouveauté sans doute (et accessoirement influencé par mon jeune frère qui performe joliment sur cette room depuis un an en SnG). Déposer le même montant que lors de mon premier dépôt en 2007 (30$) et inscrire mes objectifs dans le temps. Finir 2009 sans abonder mon compte, ne plus jouer en CG HU (le SnG est toléré), et essayer d'être à jeu sur l'ensemble de l'année (multiplier la BR par 5 en somme).

C'est ça les bases du challenge "Survie 2009".
Et ça commence ce soir.